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Réponse n° 22
Domaine

peinture

Dénomination

tableau

Titre

Musicien accordant son luth

Auteur/exécutant

GIORDANO Luca

Précision auteur/exécutant

Naples, 1634 ; Naples, 1705

Ecole

Italie

Anciennes attributions

Ancienne attribution : RIBERA Jusepe de, jusque 1899.

Période création/exécution

3e quart 17e siècle

Millésime création/exécution

1650 entre ; 1660 et

Sources complémentaires

INHA

Matériaux/techniques

peinture à l'huile, toile

Dimensions

Hauteur en cm 128.8 ; Largeur en cm 102.8

Inscriptions

annotation

Précision inscriptions

étiquette manuscrite au dos du cadre, en haut , à gauche : 134 Eu

Sujet représenté

figure (musicien, luth, allégorie, sens, ouïe)

Précision sujet représenté

La toile représente un joueur de luth accordant son instrument face à une partition. Entré au musée sous le nom de Ribera, le tableau a été réattribué à Giordano dès 1899. L'oeuvre appartient à une série de figures peintes par l'artiste, à partir de 1650, sous l'influence de Ribera. Ce dernier, fixé à Naples dès 1616, a réalisé des effigies de sages de l'Antiquité (parmi lesquelles figurent le Platon du musée d'Amiens, ou le Démocrite du musée de Rouen) mais aussi des figures allégoriques, comme un cycle des Cinq Sens, également marquées par l'esthétique caravagesque, Giordano poursuit cette inspiration en insistant sur le "caractère" de ses modèles et en accentuant leur aspect caricatural. Dans ces images, nul besoin de flatterie : conscients de la supériorité de l'esprit sur la futile apparence des choses terrestres, ces philosophes, toujours figurés en buste, se détachent sur un fond sombre tandis qu'une lueur violente éclaire les visages et les mains ; ils sont vêtus de haillons et leur aspect négligé repousse plus qu'il n'attire ; mais c'est bien entendu au-delà de cette réticence que le peintre veut nous conduire en nous suggérant que ces "mendiants" loqueteux sont les vrais sages de ce monde : la Vérité est à trouver sous l'épiderme des choses et la vraie richesse n'est en rien matérielle. Ce type de représentation, générée par l'atmosphère néo-stoïcienne qui règne dans les milieux intellectuels napolitains de l'époque, ne pouvait que plaire aux partisans de cette morale, favorables à l'effort et à la raison contre les futilités (Ferrari, 1986). Si pour ses effigies, Giordano - comme Ribera - a puisé son inspiration parmi les modèles antiques, il a de même utilisé ses contemporains, parfois des proches, voire des familiers, qu'il travestit en philosophes. Luca Giordano s'est représenté lui-même ainsi (le musée d'Amiens conserve une réplique d'un Autoportrait de Giordano en "philosophe") et a également peint son père de la sorte (Munich, Alte Pinakothek). Mais le musicien d'Amiens, mieux encore qu'un "simple" philosophe, pourrait éventuellement être une incarnation symbolique de l'un des cinq sens : L'Ouïe (José Milicua, com. orale, 1997). Car tout comme Ribera avait livré dans les années 1615 une série sur ce thème (cat. exp. Madrid, 1992, pp.26-28, 166-169), incluant une silhouette très analogue, Giordano semble avoir peint aussi, dans les années 1655-1660, un cycle identique dans lequel ont pu figurer, outre la toile d'Amiens, un Homme mangeant, sans doute la représentation du Goût (Vienne, Kunsthistoriches Museum) (Vienne, 1991, pl.216), et un Aveugle touchant un buste antique, vraisemblablement la représentation du Toucher (New York, coll. part.). La série entière a pu appartenir au cabinet de l'un de ces esthètes férus de philosophie qui abondent à Naples au XVIIe siècle. Cette thématique semble avoir été fort appréciée puisque l'on connaît des éléments d'un cycle des Cinq Sens, dû à l'énigmatique Maître de l'Annonce aux Bergers (cat. exp. Naples, 1984-1985, pp.344-345), où L'Ouïe est symbolisée par un personnage jouant de la mandoline. Il est probable enfin que Giordano, dans ces toiles, ait voulu combiner une triple signification : le personnage d'Amiens serait alors à la fois un musicien, un philosophe et la personnification de l'un des sens. Ferrari a démontré que l'oeuvre symbolisant Le Toucher de New York pourrait être également la représentation du philosophe Carnéade (auteur d'un traité sur le hasard). La technique picturale contrastée et vigoureuse de Giordano (surnommé "Luca fa presto" par ses contemporains), est caractéristique de la phase ribéresque de ses premières années d'activité ; plus tard, il évoluera vers une palette plus lumineuse et un style résolument baroque( cf. l'Allégorie de la Guerre, conservée au musée d'Amiens). Parmi les nombreux "portraits" de ce type dans la production de l'artiste, proches stylistiquement de celui d'Amiens, on peut mentionner l'Héraclite et le Démocrite d e Brescia, le Chilon de Besançon (Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie ; Pinette et Soulier-François, 1992, pp.84-85), l'Archimède et l'Euclide de la Gemälde Galerie de Berlin, que Ferrari situe tous au début des années 1650, et enfin l'Héraclite de Padoue (Museo Civico). On citera encore le Démocrite et le Philosophe au livre de Padoue (Padoue, coll. Corpecini e Giuseppin ; cat.exp. Naples, 1984-1985, n°2.117 a et b), l'Esope de Dublin (Dublin, National Gallery of Ireland ; Dublin, 1981, p.62, n°1988), le Démocrite de Hambourg (Kunsthalle), le Philosophe de Buenos Aires (Museo nacional de Bellas Artes), le Caton du Havre (Le Havre, musée des Beaux-Arts ; Brejon de Lavergnée et Volle, 1988, p.174), le Platon de Metz (Metz, musées ; Brejon de Lavergnée et Volle, 1988, p.176) ou les philosophes de Chambéry (Chambéry, musée des Beaux-Arts ; Brejon de Lavergnée et Volle, 1988, p.173) et Senlis (Senlis, musée des Beaux-Arts ; Brejon de Lavergnée et Volle, 1988, p.179). notice de Matthieu Pinette

Lieu de conservation

Amiens ; musée de Picardie

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; don ; Amiens ; musée de Picardie

Date acquisition

1890 acquis ; 1894 entrée matérielle

Anciennes appartenances

Collection privée, Guillon-Lethière Guillaume, ((cf. Gonse, 1900, p. 12) Le collectionneur, artiste peintre Guillon-Lethière n'aurait pas trouvé preneur pour ce tableau "Musicien accordant son luth" (M.P.Lav. 1894-246) lors de sa vente de 1829.) ; Collection privée, Lavalard, Frères, 1890

Numéro d'inventaire

M.P.Lav.1894-246

Exposition

Naples, Palazzo Reale, Pittura napoletana del' '600, '700, '800; piccola guida della mostra, 1938. (p. 81, n° 34)
Amiens, musée de Picardie, Couleurs d'Italie. Peintures méridionales des musées d'Amiens, 1998-1999. (pp. 5-8 (notice de Matthieu Pinette))

Bibliographie

Horsin-Déon L., "Cabinet de MM. Lavalard", dans P. Lacroix, Annuaire des artistes et des amateurs, Paris, 1862. (t. I, p. 147 (Ribera))
Catalogue des tableaux composant la collection Lavalard Frères de Roye au musée de Picardie, Amiens, 1894. (p. 53, n° 246 (att. à Ribera))
Catalogue descriptif des tableaux et sculptures du musée de Picardie, Amiens, Impr. Piteux Frères, 1899. (p. 233, n° 215 (Giordano))
Gonse Louis, Les Chefs-d'oeuvre des musées de France. La Peinture, I, Paris, 1900. (t. I, p. 12)
Gnoli Umberto, "L'arte italiana in alcune gallerie francesi di provincia ; note di viaggio", Rassegna d'arte, 9, 1908. (n° 9, p. 156)
Catalogue descriptif des tableaux et sculptures du musée de Picardie, Amiens, Impr. Picarde, 1911. (p. 143, n° 211 (Giordano))
Boinet Amédée, Le Musée d'Amiens. musée de Picardie. Peintures, Paris, 1928. (p. 9)
Bologna Fernando, Francesco Solimena, Naples, 1958. (p. 34)
Griseri Andreina, "Luca Giordano alla maniera di", Arte Antica e Moderna, n° 13-16, 1961. (p. 428)
Ferrari Oreste et Scavizzi Giuseppe, Luca Giordano, Naples, 1966. (t. I, p. 32, t. II, p. 24, t. III, fig. 30)
Foucart (Borville) Jacques, Les Lavalard, Amiens, 1977. (pp. 18, 46, n° 211, p. 52)
Auffrey Isabelle, Catalogue des tableaux italiens du musée d'Amiens, mémoire de maîtrise d'histoire de l'art et archéologie sous la direction d'Antoine Schnapper, 1982-1983. (pp. 44-46)
Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Paris, Palais de Tokyo, Colmar, musée d'Unterlinden, Peintures napolitaines du musée de Besançon, 1982-1983, 1986. (p. 24)
Banzato Davide , "Una ignota serie giordanesca", Arte Veneta, XL, 1986, pp. 170-174. (p. 174)
Ferrari Oreste, "L'iconografia dei filosofi antichi nella pittura del secolo XVII in Italia", Storia dell'arte, n° 57, 1986, pp. 103-182. (p. 131)
Brejon de Lavergnée Arnaud et Volle Nathalie, Musées de France. Répertoire des peintures italiennes du XVIIe siècle, Paris, 1988. (p. 170)
Ferrari Oreste et Scavizzi Giuseppe, Luca Giordano, Naples, 1992. (t. I, pp. 14, 254 (n° A.24), t. II, ill. p. 474, n° 91)
Pinette Matthieu, Couleurs d'Italie, couleurs du Nord. Peintures étrangères des musées d'Amiens, 2001, musée de Picardie / Somogy éditions d'art, (280 p. ; ouvrage accompagné d'un CD-Rom contenant l'intégralité des notices). (pp. 80-81, ill.)
Pinette Matthieu, "La Question du format dans la peinture", séance de réception du 25 novembre 2003, in Mémoires (2001-2004) de l'Académie d'Amiens, 2006, pp.259-274. (pp.270-271)

Rédacteur

Cazenave Sabine

Copyright notice

© Amiens, musée de Picardie, © Direction des musées de France, 2008

Crédits photographiques

© Marc Jeanneteau

 

Demande de photographie et/ou de conditions d'utilisation

 

Renseignements sur le musée

 

Contact musée

 

Cet artiste aux Archives Nationales (base Arcade)

 

08120003401

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