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Réponse n° 63
Domaine

archéologie ; sculpture ; épigraphie ; romain ; croyances - coutumes

Dénomination

monument funéraire

Titre

Mausolée des Valerius Rufus

Lieu création / utilisation

France, Alsace (lieu de création)

Période création/exécution

3e quart 1er siècle

Historique

Ce type de mausolée à colonnes frontales est bien connu dans l'art funéraire romain, où il présente de nombreuses variantes. Les prototypes apparaissent probablement en Afrique du Nord, avant de gagner l'Italie (nécropole de la Porte de Nocera à Pompéi, nécropole de Sarsina près de Bologne, nécropole d'Aquilée), puis de se diffuser en Narbonnaise et dans la région de Lyon. Un parallèle architectural et iconographique peut être établi aussi avec le grand mausolée de Poblicius conservé au musée Romain-Germanique de Cologne. Le style des sculptures, de même que l'utilisation du calcaire oolithique, permet de situer ce monument dans la première moitié du Ier siècle après J.-C., plus précisément entre 17 et 43 après J.-C., date du séjour de la IIe légion Auguste dans le camp légionnaire de Strasbourg-Argentorate. Une datation plus fine le placerait au début de la période claudienne, époque de création particulièrement florissante des ateliers de sculpture de Mayence, où ce monument a sans doute été conçu. Ces ateliers réputés travaillaient en effet largement pour l'armée et il est donc logique de penser que Valerius Rufus et ses frères ont fait appel à eux pour commander le monument qui devait immortaliser leur existence. On trouve ainsi plusieurs parallèles iconographiques parmi les collections lapidaires retrouvées à Mayence et dans sa région, en particulier pour le thème des Ménades.

Découverte/collecte/récolte

France ; Alsace ; Bas-Rhin ; Strasbourg (lieu de découverte) ; fouilles ; (1998, date de découverte) ; (ETRICH Christine, découvreur)

Précision découverte/collecte

Strasbourg-Koenigshoffen, rue du Donon ; Fouilles Christine Etrich (AFAN), du 21 septembre 1998 au 3 janvier 1999. Aménageur : Société France Construction (construction d'un immeuble d'habitation) Secteur 1 - Fosse 5 - US 22 Fragments découverts entassés dans une fosse avec de nombreux blocs calcaires.

Matériaux/techniques

calcaire oolithique, ronde-bosse

Description

Les très nombreux fragments de calcaire sculpté, retrouvés dans une fosse lors de la fouille, ont permis de reconstituer un mausolée à plusieurs étages comportant, à sa base, une grande inscription à la gravure et à la mise en page très soignées. Bien qu'incomplète, elle a permis de connaître le nom des défunts pour qui ce monument funéraire avait été érigé : M. VA[..]RIUS . M F STEL. RUFUS VE[---]NUS. ANN XLIII SIBE ET FRATRIBUS. SUIS.PRO PIETATE L. VALERIO L.F L VALERIO L F STEL NIGRO S [---] [---?] [---], Des traces de peinture rouge sont perceptibles dans le creux de certaines lettres et la ponctuation est faite par des points de forme triangulaire ou de petites feuilles de lierre stylisées. Les trois défunts, dont les statues presque grandeur nature ont pu être en large partie reconstituées, sont représentés debout en position frontale, dans une haute niche, bordée de pilastres et encadrée de panneaux sculptés, surmontant le grand socle portant l'épitaphe. Leur vêtement indique que deux d'entre eux étaient encore engagés dans l'armée au moment de leur décès. Ces deux personnages (leurs têtes ont disparu) présentent une symétrie presque parfaite. Debout en position frontale de part et d'autre et en léger retrait par rapport au troisième, ils sont représentés dans leur costume militaire, rendu de façon stéréotypée mais avec une grande précision documentaire : double ceinturon supportant glaive et poignard, tablier de lanières protégeant l'abdomen, manteau retombant en grands plis symétriques sur les épaules et le haut du corps. Leur main droite est ramenée vers la poitrine, leur main gauche tient un rouleau. Le troisième personnage, placé au centre en position frontale et légèrement en avant par rapport à ses deux compagnons, est vêtu de la toge du citoyen romain : il s'agit donc d'un vétéran qui a achevé son temps de service. Le vêtement dessine une large série de plis complexes traités également de façon stéréotypée mais avec un grand luxe de précision. La tête est conservée, entièrement recouverte par un pan de la toge. Les traits du visage arrondi sont maladroitement dessinés et les mèches de la chevelure dépassant du voile sont composées de deux rangées de petits traits verticaux parallèles. Le défunt adopte une position similaire à celle des deux légionnaires, la main droite repliée sur la poitrine ; la main gauche, émergeant des plis de la toge, tient également le rouleau testamentaire. Des traces de couleurs (rouge et jaune en particulier) sont visibles sur divers fragments, témoins de la polychromie qui devait rehausser le monument à l'origine. La présence de peinture sur les monuments funéraires d'époque romaine est largement attestée et les couleurs vives et contrastées contribuaient à donner vie et mouvement au décor sculpté. Les fragments décorés retrouvés dans la fosse ont aussi permis de reconstituer un panneau latéral presque complet et une partie d'un second, mais la majeure partie de ce décor latéral a disparu lors de la destruction et du démontage du mausolée, au moment où ce secteur de la nécropole légionnaire a été transformé en zone d'habitation. Il s'agit d'une figure de danseuse, de profil, vêtu d'un chiton dont les pans retombent symétriquement le long des jambes, en un mouvement qui souligne celui ondulant du corps. Un voile, tendu au bout des bras, se déploie en corolle au-dessus de la tête. Cette figure féminine peut être identifiée à une ménade du cortège dionysiaque, thème fréquent en Rhénanie dans le décor des monuments funéraires du Ier siècle après J.-C. Le second panneau, très mal conservé, était probablement sculpté d'une seconde ménade ou d'un génie funéraire dont ne subsistent que les jambes et une draperie à la disposition proche de celle de la figure précédente, ainsi qu'un masque humain stylisé tenu par une main levée. La comparaison des éléments d'architecture de même module (corniches, moulures...) et des sculptures retrouvées et restaurées avec des monuments de même t ype a permis d'élaborer une proposition de reconstitution graphique du mausolée. La restitution proposée se présente sous la forme d'un monument à deux étages. La partie inférieure cubique porte l'inscription funéraire en façade. Le second étage forme une vaste niche où ont pris place les trois statues des défunts. Leur disposition côte à côte est impossible en raison de la dimension des éléments retrouvés. Il faut donc envisager que la statue du vétéran se trouvait légèrement en avant, encadrée à l'arrière par celle des deux personnages en costume militaire. De la toiture ne subsistent plus que quelques rares fragments indiquant que le monument devait être couronné par une toiture pyramidale à décor de tuiles disposées en écailles. Le couronnement sommital est, par contre, totalement perdu. Lors de la restauration, effectuée par le Laboratoire de restauration des Musées de Strasbourg, en collaboration avec l'atelier Desroches, a été notée la présence de mots peints en minuscules lettres grecques non accentuées au revers d'une des pierres de l'architrave : (2 mots en grec) « sois en paix, sois bienheureux ». Sur un second fragment a été observée une seconde inscription, également peinte en rouge, mais en lettres latines, au revers de l'entablement ; la lecture CALIAS FEC... est proposée (Waton-Dardaine 2010).

Dimensions

Longueur en cm 225.0 (base) ; Largeur en cm 150.0 (base)

Inscriptions

inscription funéraire (latin) ; signature

Précision inscriptions

inscription funéraire gravée : M. VA[..]RIUS . M F STEL. RUFUS VE[---]NUS. ANN XLIII SIBE ET FRATRIBUS. SUIS.PRO PIETATE L. VALERIO L.F L VALERIO L F STEL NIGRO S [---] [---?] [---] : M(arcus) Va[le]rius M(arci) f(ilius) Stel(latina) Rufus / ve[tera]nus, ann(orum) XLIII sibe et / fratribus suis pro pietate / L(ucio) Valerio L(ucii) f(ilio) L(ucio) Valerio L(ucii) f(ilio) / Stel(latina tribu) Nigro S[tel(latina tribu)] / [...?] [...?]., traduction : Marcus Valerius Rufus, fils de Marcus, de la tribu Stellatina, vétéran, mort à l'âge de 43 ans, a fait ériger ce monument pour lui et ses frères par piété. À Lucius Valerius Niger, fils de Lucius, de la tribu Stellatina (...) ; à Lucius Valerius, fils de Lucius, de la tribu Stellatina... ; signature : CALIAS FEC... : [Calias Fe(cit)], traduction : Calias a fait (ce monument)

Utilisation/destination

pratique funéraire

Sujet représenté

groupe de figures (homme, soldat, toge, à l'antique) ; figure (femme, draperie)

Lieu de conservation

Strasbourg ; musée archéologique

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; Strasbourg

Date acquisition

2001 entrée matérielle

Numéro d'inventaire

D.11.001.5.84

Dépôt/changement affectation

dépôt ; Strasbourg ; musée archéologique

Date dépôt/changement affectation

2001

Bibliographie

ETRICH, Christine, "Les fouilles de la rue du Donon à Strasbourg-Koenigshoffen", Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire, t. XLIII, 2000, p. 35-44
DARDAINE, Sylvie, "Nouvelles inscriptions découvertes rue du Donon à Strasbourg-Koenigshoffen", Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire, t. XLIII, 2000, p. 45-54 (p. 45-49)
SCHNITZLER, Bernadette, SCHMITT, Alain, GOEPP, Jean-Claude et DESROCHES, E., "Un exceptionnel mausolée gallo-romain entre les collections du musée archéologique de Strasbourg", La Revue des Musées de France - Revue du Louvre, n° 4, octobre 2005, p. 29-36
SCHNITZLER, Bernadette, "Sur les traces de l'Alsace romaine", Saisons d'Alsace, 73, 2017, p. 32-39 (p. 38)
Catalogue d'exposition Vivre à Koenigshoffen à l'époque romaine. Un quartier civil de Strasbourg-Argentorate du Ier au IVe siècle après J.-C. Collection Fouilles récentes en Alsace, Tome 10. Sous la direction de Bernadette SCHNITZLER et de Pascal FLOTTE. Edition des Musées de Strasbourg, 2017 (p. 196-197, n° 1-2-3)

Rédacteur

SCHNITZLER Bernadette ; OSTHEIMER Florent

Copyright notice

© Strasbourg, musée archéologique, © Service des musées de France, 2018

Crédits photographiques

© Musées de Strasbourg, M. Bertola

 

Renseignements sur le musée

 

00150125831

Notices :  

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