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Réponse n° 194
Domaine

archéologie ; gallo-romain

Dénomination

statue (fragment) ; tête

Titre

Tête tendue en avant dite tête de géant à l'anguipède

Période création/exécution

2e siècle

Genèse

oeuvre en rapport

Historique

en rapport avec : Tête de géant

Découverte/collecte/récolte

Picardie ; Somme ; Amiens (rue de Beauvais, thermes de Samarobriva, lieu de découverte) ; (1948, date de découverte)

Précision découverte/collecte

Trouvée en réemploi

Matériaux/techniques

calcaire

Description

La sculpture est brisée aux épaules et défigurée par une cassure au menton et des épaufrures nombreuses. Le visage, glabre, convient aussi bien à une femme qu'à un homme ; la bouche entrouverte donne une expression un peu hébétée. La coiffure est très curieuse, on dirait à première vue que la tête porte un couvre-chef du genre turban cachant partiellement les oreilles. Mais ne faut-il pas plutôt y voir des tresses séparées par une raie médiane et ramenées sur la nuque ? Le dessus de la tête est sommairement travaillé et en tout cas passablement érodé. Non moins curieuse est l'attitude. La tête est en effet si fortement tendue en avant que cou et menton ne forment plus qu'une seule ligne droite. La cassure tourne autour du cou ; dans la nuque, au contraire, la tête n'est pas dégagée. La chevelure, ou la coiffe, vient buter contre une sorte de saillie latérale. Ernest Will propose, à la suite de Paul-Marie Duval et de Jacques Heurgon, de reconnaître la tête d'un géant à l'anguipède offrant ses épaules comme support aux pattes de cheval du divin guerrier. Le vestige en saillie serait le reste de la patte du cheval. Cependant, en règle générale, les cheveux tombent en une seule masse vers le sol ; ce détail-là, nous ne le retrouvons pas et la chevelure n'est pas conforme à celle, bouclée ou hirsute, donnée au monstre. De plus, les géants sont souvent barbus. Il est bien possible que les colonnes au cavalier synthétisent ces thèmes en les intégrant dans une mystique impériale. Ne serait-ce pas la même mystique que développe le panégyriste de Dioclétien un demi-siècle plus tard, s'adressant à l'empereur ? : "Le dieu (Jupiter) qui est père de l'empereur, non content d'avoir jadis empêché les Titans de s'emparer du ciel et d'avoir ensuite livré une bataille contre les monstres à double forme, gouverne son empire tout pacifié. Il ne se manifeste pas seulement quand il fait retentir le tonnerre et qu'il lance la foudre, mais, même lorsqu'il a réduit à la soumission les éléments révoltés, il ne laisse pas pour autant de régler les destins" (Mamertinus, Mamertini panegyricus genethliacus Maximiano Augusto dicyus, 11 ; M.-E. Marien, L'Empreinte de Rome. Belgica antiqua, Anvers, 1980, pp.311-312). Pour certains, le dieu à l'anguipède serait la manifestation d'un dieu celtique ou germanique, quelques-uns l'identifiant ainsi à Taranis. Pour d'autres, il commémore la victoire de l'empereur sur les Germains. Pour sa part, F. Hertlein constate que les colonnes sont souvent associées à des sources ou des fontaines indiquant ainsi un rapport avec le culte de l'eau (F. Hertlein, Die Jupitergigantensaülen, Stuttgart, 1910 ; P. Lambrechts, "La Colonne du dieu cavalier au géant et les cultes des sources en Gaule", Latomus, t.VIII, 1949, pp.145-158). Leur présence dans le cadre de thermes comme à Amiens ou à Arlon abonderait dans ce sens. Or la question paraît infiniment plus complexe, si l'on sait que de tels monuments sont indifféremment trouvés à la ville comme à la campagne. Cette sculpture peut provenir également d'une scène de gigantomachie de dimensions énormes. Une scène analogue est attestée sur la façade des thermes de Sene. L'absence d'éléments complémentaires ne permet aucune interprétation définitive. L'étude stylistique et celle des techniques utilisées sont très intéressantes, particulièrement sur le plan chronologique. Jean-Jacques Hatt constate une substitution du haut-relief et de la sculpture en ronde-bosse au bas-relief à partir du milieu du IIe siècle après J.-C. Dans le détail, le traitement des yeux peut également nous apporter des données. Sur cette tête de géant, les paupières sont soulignées et la pupille creusée profondément au trépan. Or, auparavant, le globe de l'oeil était entièrement lisse. Seul l'iris, selon H. Koethe, est cerné dès l'époque de Trajan. C'est, selon G. Picard (Rome, Genève, 1969), à partir du règne d'Hadrien que la pupille de l'oeil est évidée. Cette sculpture se rapprocherait davantage des prod uctions de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe siècle où la pupille est creusée profondément : l'oeil à l'époque sévérienne est traité systématiqement de cette façon. Contrairement à la chevelure stylisée, la bouche est charnue. Elle est traitée, selon G. Picard (L'Art romain, Paris, 1963, p.98), suivant les techniques en vigueur dès Antonin. La bouche ouverte et les grands yeux de notre tête nous invitent à la classer dans le courant "romantique mystique", défini par Jean-Jacques Hatt. Ce style caractérise une autre tête trouvée à Strasbourg qui est d'ailleurs très proche, dans le style, de celle d'Amiens. J.-J. Hatt l'attribue à un groupe de Jupiter à l'anguipède. Elle proviendrait de l'atelier du maître du grand relief de Koenigshoffen et aurait été exécutée dans les années 160 après J.C. Elle témoigne selon l'auteur, d'un courant qui, vers 150, fait d'Argentorate l'un des principaux centres d'art de la Gaule. "Le nouveau style introduit alors dans la sculpture procède d'une technique contractant fortement avec celle des époques précédentes. Elle fait saillir vigoureusement les traits, atténué les creux, creuse les mèches en replis tortueux... Il y a une volonté pathétique, un parti pris romantique d'une utilisation des ombres et des lumières". L'effet recherché pour l'exemplaire d'Amiens est différent, même si les techniques employées sont les mêmes. Le visage d'Amiens est hébété, non pathétique ou mélancolique. La chevelure peut nous apporter aussi des données intéressantes, d'ordre chronologique. Bien que les détails soient peu visibles à cet endroit, on distingue des tresses séparées par une raie médiane et ramenées sur la nuque. Au-dessus de l'oreille, les mèches semblent tirées en arrière. Cette coiffure est analogue à celles portées par les impératrices sous Antonin et Marc-Aurèle. La tête d'Amiens, étant imberbe, peut convenir, en l'absence de toute interprétation certaine, à une femme comme à un homme. Ces dernières indications ne sont pas contradictoires avec les données stylistiques ou techniques, et placent cette sculpture dans les productions de la deuxième moitié du IIe siècle. La parenté avec la sculpture de Strasbourg nous invite à retenir une date proche des années 150-160 après J.C (D. Bayard, voir biblio., pp.55-58).

Dimensions

Hauteur en cm 21 ; Largeur en cm 20 ; Longueur en cm 30

Lieu de conservation

Amiens ; musée de Picardie

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; Amiens ; musée de Picardie

Numéro d'inventaire

M.P.5700

Bibliographie

M. Lecompte, "Rapport sur les fouilles archéologiques d'Amiens", Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, t.XLIII, 1949 (pp.20-36, pl.1)
E. Will, "Sculptures gallo-romaines à Amiens", Revue du Nord, t.38, 1936 (pp.331-338)
D. Bayard, Les Thermes gallo-romaines de la rue de Beauvais à Amiens, mémoire de maîtrise sous la direction de J.-L. Cadoux, Université de Picardie, 1978, t.2, annexes (pp.46-47, 55-58)
D. Bayard, J.-L. Massy, "Amiens Romain", Revue Archéologique de Picardie, 1983 (pp.197-198, repr.)
Noël Mahéo (dir.), "Les Collections archéologiques du musée de Picardie", Amiens, Trois Cailloux, Musée de Picardie, 1990, 331 p. (pp.226-229, n°132)

Rédacteur

Leguay Jean-Loup

Copyright notice

© Amiens, musée de Picardie, © Service des musées de France, 2014

Crédits photographiques

© Jean-Louis Boutillier / musée de Picardie =REPR figure (tête, géant, anguipède)

 

demande de photographie et/ou de conditions d'utilisation

 

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08120007009

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