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Réponse n° 2
Domaine

estampe

Titre

L'arrestation du Christ

Auteur/exécutant

CRANACH Lucas le Vieux (graveur)

Précision auteur/exécutant

CRANACH : Kronach, 1472 ; Weimar, 1553 ; nationalité : Allemande

Ecole

Allemagne

Période création/exécution

1er quart 16e siècle

Millésime création/exécution

1509

Historique

Pour Cranach l'Ancien, l'année 1509 marque une date importante dans son parcours de xylographe, puisqu'il va graver près de cent vingt planches pour le Wittemberger Heiligthumsbuch, un ouvrage publié sous forme de catalogue où figuraient les plus importants reliquaires commandités par les souverains, et qu'il va entreprendre simultanément une suite de quatorze bois gravés sur le thème de la Passion du Christ. Une partie des planches est signée du monogramme LC et du serpent ailé. Sur les quatre exemplaires conservés à Strasbourg, deux sont signés. La première publication, en 1509, fut suivie en 1540 de la première édition allemande, intitulée Passional Buch vom Leiden vnd Aufferstehung vnsers Herrn Jhesu Christi...(Le Livre passionnaire de la souffrance et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ...), qui parut chez Georg Rhaw à Wittemberg. Ce cycle de quatorze bois, dont chacun mesure environ 25 cm sur 17, se trouve être la seule grande suite gravée de la main de Lucas Cranach l'Ancien. Parmi les planches conservées dans le fonds du musée, la première, relativement à la chronologie du récit, est L'Arrestation du Christ (B. 8 ; cat. 114), qui d'emblée plonge dans le rude univers de la gent soldatesque, et dont le sous-titre, " Jésus guérit l'oreille coupée du serviteur du grand prêtre ", correspond davantage à la scène représentée. Malchus, en effet, encore sous le choc, est assis par terre, tandis que Jésus, debout derrière lui, est en train de remettre l'oreille à peine tranchée par Simon Pierre brandissant le glaive, à droite (Jn, XVIII, 10-11). Cranach, cherchant à représenter la cohorte des soldats et des gardes comme le monde du mal, les dessine en insistant sur leurs contorsions et sur leurs têtes aux traits déformés. Pierre lui-même, en ayant utilisé sauvagement l'épée sous l'emprise de la colère, exhibe un visage méconnaissable, à l'égal du soldat qui donne un coup de pied à Jésus. La fascination de l'artiste pour le portrait individualisé, ici, en l'occurrence, les différents visages que peuvent prendre les forces du mal, a pour résultat une galerie de portraits, où certains ont cru déceler un autoportrait de l'artiste, en haut à droite. Le deuxième bois met en scène la flagellation (B. 12 ; cat. 115), une feuille surprenante par la clarté de la composition, dégagée de l'accumulation des personnages. La colonne centrale partage l'image en deux et corrobore l'isolement de Jésus, les mains attachées derrière le fût de la colonne et les cheveux empoignés avec brutalité par le bourreau sur le point de le flageller avec le fouet confectionné par les deux sbires au premier plan. La concentration avec laquelle ils s'appliquent à bien fabriquer cet instrument de torture et à en préparer d'autres renforce la cruauté de la scène mise en place par des individus primaires, tel le bourreau. Cranach relie les deux badauds de droite à Ponce Pilate, dans le fond à gauche, leur regard se croisant précisément au niveau du visage de Jésus. Le blanc éclatant du papier accroît la tension dramatique de la scène : indifférence ou curiosité morbide, le sentiment d'humanité est anesthésié et rend les individus aveugles et sourds à la souffrance de l'homme, de Jésus. De toutes les scènes de la Passion, celle du Christ devant Pilate (B. 15 ; cat. 116) révèle ce que Jésus ressent au tréfond de lui-même tout en montrant le regard pénétrant et insistant avec lequel il scrute le spectateur, tandis que Ponce Pilate se lave les mains dans une vasque placée sur une table au pied tarabiscoté. Au-dessus de sa tête pend un motif ornemental au dessin de feuilles et de fruits non moins compliqué, qui évoque la couronne d'épines posée sur la tête du Christ. Le personnage de Ponce Pilate, qui se veut être important, ou du moins s'annonce comme tel, effectue un mouvement de recul de la tête, suggérant bien sa décision de non choix (Jn, XVIII, 28-40). Le groupe serré des visages des gardes et des soldats est tracé selon une horizontale que le panneau de bois clair vertical sur le mur du fond met particulièrement en évidence. S'y détache ainsi l'homme portant une coiffe et faisant un geste de la main : il semble, en effet, jouer un rôle important de conseiller auprès de Ponce Pilate, puisqu'il est placé sur la même estrade que le haut dignitaire. La dixième feuille de la série évoque le portement de Croix (B. 16 ; cat. 117), où l'imposante figure du Christ, au premier plan, n'est pas sans rappeler celle gravée vers 1498-1499 par Dürer pour sa série de La Grande Passion sur bois (B. 10 ; cat. 21 à 24). À ce sujet, Sophie Renouard de Bussierre, étudiant l'exemplaire issu de la collection Dutuit du Petit Palais à Paris, s'exprime en ces termes : " Comme la plupart des représentations depuis celle de Duccio, l'image est organisée selon une diagonale qui conduit le regard du fond à gauche jusqu'au premier plan. " Cranach, en revanche, malgré un début de diagonale dessinée par la multitude du cortège déferlant à gauche, insiste essentiellement sur l'horizontalité de la Croix, formant une barrière qui arrête ceux proférant des imprécations contre Jésus et sur le point de le rouer de coups. À l'arrière- plan, le groupe de la mère du Christ soutenue par l'apôtre Jean et Marie Cléophas s'apprête à descendre un escalier, précédé par l'homme chargé de la fiole d'hydromel et de l'éponge et qui interviendra au moment de la crucifixion. L'artiste s'est visiblement plu à dessiner des portraits charges d'individus toujours prêts à hurler avec les loups. D'ailleurs, le pauvre hère situé à droite du Christ ressemble fort au loup-garou, mais vu de face, que Cranach avait gravé vers 1512. Le seul à exprimer quelque compassion est Simon de Cyrène, désigné malgré son âge pour aider Jésus à porter la Croix, et qui tente avec peine de la soutenir à deux mains. Cranach a choisi d'illustrer le moment le plus dramatique de la séquence, celui où Jésus, tombant sous le poids de la Croix, livre pourtant son regard le plus pathétiquement humain, celui qui, par-delà la tragédie présente, visualise la Rédemption. (Anny Claire Haus)

Matériaux/techniques

papier

Description

gravure sur bois

Dimensions

Hauteur de l'oeuvre en cm 24.5 ; Largeur de l'oeuvre en cm 16.7 ; Hauteur de la feuille en cm 25 ; Largeur de la feuille en cm 17.1

Inscriptions

monogramme, date ; inscription

Précision inscriptions

monogramme, date, devant, en bas à droite sur une tablette : LC 1509 ; inscription manuscrite, devant, en bas à droite au crayon : B 6. ; inscription manuscrite, derrière au crayon : 22

Sujet représenté

scène biblique (Arrestation du Christ, homme : blessé, foule)

Précision sujet représenté

Jésus guérit l'oreille coupée d'un serviteur du grand prêtre, tiré de la Passion du Christ Luc 22, v.50-52, B VII, 6-20 ; Dodg.64

Lieu de conservation

Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; ancien fonds ; Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins

Date acquisition

date d'acquisition inconnue

Numéro d'inventaire

77.005.0.80 ; 77.R.2009.0114 (N° récolement)

Exposition

STRASBOURG, Attraits subtils, 2007-2008 (Palais Rohan, galerie Heitz)

Bibliographie

cat. expo STRASBOURG, Attraits subtils, 2008 (p. 194-195)
cat. expo BALE, Lukas Cranach, 1974 (p. 470-476)
Cat. expo "Lucas Cranach d. Ae. 1472-1553. Graphik, Cobourg, Kupferstichkabinett der Kunstsammlungen der Veste Coburg, 16 juillet - 30 septembre1972 (cat. par Heino Maedebach). (p. 18-23, n° 17-31 (n° 19, ill. n° 11 ; n° 23, 26 et 27) ; )
Dodgson Campbell, Catalogue of Early German &Flemish Woodcuts, British Museum, Londres 1911. (n°64)
Adam BARTSCH, Le Peintre graveur, Leipzig, 1866-1876 20, in 12° (T.VII n°8)

Copyright notice

© Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins, © Service des musées de France, 2013

Crédits photographiques

© BERTOLA

 

Renseignements sur le musée

 

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Notices :  

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Requête :   ((1509) :MILL )
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