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Réponse n° 118
Domaine

céramique ; médiéval ; architecture

Dénomination

carreau de pavement

Titre

Rose stylisée

Auteur/exécutant

PERRIN LE TUILLIER (auteur)

Précision auteur/exécutant

PERRIN LE TUILLIER : Actif à Montot près de Saint-Jean-de-Losne. Fournit des carreaux "ouvrés à chasse" pour Germolles entre 1388 et 1398, et pour Champmol entre 1388 et 1390. ; nationalité : Française

Ecole

France, Bourgogne

Lieu création / utilisation

France, Côte-d'Or, Montot (lieu de création, lieu d'utilisation)

Période création/exécution

4e quart 14e siècle

Millésime création/exécution

1388 ; 1390

Genèse

oeuvre en rapport

Historique

Les carreaux mis au jour par Pierre Quarré en 1951-1952 à l'emplacement de l'oratoire de la chartreuse de Champmol, appartiennent à deux techniques céramiques bien distinctes. D'une part, les scènes de chasse, les entrelacs, les roses et les rosaces, les marguerites, les soleils et les genêts, que l'on retrouve de manière identique à Germolles et à Argilly, sont des carreaux bicolores, beige et brun, à glaçure plombifère transparente, décorés à l'engobe et cuits en une seule fois, selon la technique médiévale traditionnelle en usage depuis le XIIIe siècle dans les résidences de prestige. D'autre part, deux exemplaires présentés ici sont en faïence stannifère, technique d'origine abbasside importée d'Espagne et fort coûteuse, qui est encore à l'époque une nouveauté inconnue dans la région. Dans ce cas, la terre cuite dans un premier temps est ensuite revêtue d'une glaçure opacifiée à l'étain. C'est sur ce fond blanc, "à cru", et préalablement à la seconde cuisson, qu'ont été peintes en bleu de cobalt les armoiries, bandes de Bourgogne ancienne et lion de Flandre. Les archives nous indiquent qu'un bon nombre de ces carreaux engobés, et notamment ceux que l'on dit ouvrés à chasse, sont l'oeuvre d'un tuillier local, Perrin de Longchamp, et proviennent de la tuilerie ducale de Montot, à Trouhans, près de Saint-Jean-de-Losne. En revanche, le "compte du couvent des Chartreux, par Louis Pasté" (1377-1386) nous révèle que l'auteur des carreaux de faïence, datables des années 1383-1385, est un certain "maître Jehan de Gironne", l'un des trois artisans faïenciers espagnols envoyés en France par le duc de Gérone, en 1383, à la demande du duc Jean de Berry. Il vint à Dijon auprès de Philippe le Hardi spécialement pour y faire "quarreaulx et autres ouvraiges de tieulerie pour ledit ouvraige de champmol [tant] pour les coleurs pour poindre les quarreaulx", et repartit en 1389 "sans dire à Dieu". Si ces auteurs sont bien identifiés, il est en revanche assez délicat de déterminer avec précision le lieu de fabrication de tous ces carreaux. Dans un premier temps, on peut confirmer le rôle de la tuilerie de Montot, pour les deux types de carreau : les analyses de laboratoire montrent en effet que la pâte de certains carreaux de faïence possède une composition identique à celle des autres exemplaires bicolores décorés à l'engobe qui ornaient le sol de l'oratoire, comme sans doute aussi ceux des chapelles et de la salle du chapitre. Cela n'est guère surprenant quand on sait que Jehan de Gironne dirigea l'atelier de Montot de 1383 à 1388 en compagnie de Perrin le tuilier. Par ailleurs, d'autres fabriques ont également été mises à contribution : les résultats des analyses indiquent que plusieurs carreaux pourraient provenir de l'atelier d'Aubigny-en-Plaine, non loin de Montot, bien localisé et pour lequel les analyses de référence existent. On s'est même parfois rendu assez loin pour chercher des matériaux : ainsi, Jehan de Gironne est allé faire "plusieurs missions à Tarpigney oultre sone querir terre, pour faire quarreaulx et autres ouvraiges de tieullerie pour l'ouvraige que mondit seigneur fait faire audit Champmol". Enfin, l'un des carreaux de faïence, qui possède une composition différente, pourrait provenir de Dijon même, où Jehan de Gironne construisit en 1383 "un grant fourneaul pour lesdiz ouvraiges [...] en l'ostel du seigneur de trouhans. Cette situation correspond exactement à un schéma classique plusieurs fois observé, dans lequel un artisan étranger détenteur d'une technique nouvelle s'associe et collabore, pour un temps, avec un artisan local oeuvrant dans une structure traditionnelle, avant d'établir son propre atelier. De plus, la taille et l'importance du chantier de Champmol impliquaient la mise à contribution de tous les savoir-faire disponibles et le recours à plusieurs ateliers simultanément. Le rapport d'un témoin visuel Louis-Bénigne Baudot, daté de 1792, rédigé peu avant la destruction de l'édifice, vient heureusem ent confirmer la localisation et préciser l'agencement hiérarchique de ces céramiques dans l'oratoire ducal : le sol était revêtu des carreaux engobés à dominante beige et brun-rouge où le cycle de la chasse se répétait plusieurs fois, accompagné sans doute des symboles respectifs du couple ducal, le soleil et la marguerite, alors que les carreaux de faïence bicolores, bleu et blanc, portant les armoiries des époux occupaient l'espace privilégié de la marche du maître autel. La représentation d'une scène de dédicace à Philippe le Bon vers 1448 nous donne une idée assez précise de cette disposition et de l'effet obtenu. Il est probable que cette mise en scène, où l'ordonnancement des couleurs et des symboles répond assurément à un programme iconographique bien défini, ait été conçue par Jean de Beaumetz, le responsable des travaux de décoration murale, en harmonie avec le reste de l'oratoire, où dominaient l'or et l'azur, ainsi qu'avec les vitraux. L'apport précieux de la faïence réside alors dans la possibilité d'utiliser le blanc et surtout le bleu, véritable nouveauté en céramique. On ne peut pas manquer d'évoquer à ce propos le château de Mehun-sur-Yèvre, où les pavements de faïence furent utilisés à la même époque sur une échelle tout autre et avec une ampleur sans précédent, dans une véritable symphonie en bleu et blanc qui mettait en scène les emblèmes personnels du duc Jean de Berry, frère de Philippe le Hardi. Malgré leur rareté, ou peut-être grâce à elle, ces carreaux de faïence qui unissent symboliquement les deux époux, mis tout exprès à l'endroit le plus prestigieux et le plus intime de l'édifice, nous apparaissent fondamentaux, dans la mesure où ils dénotent une influence venue de l'Espagne musulmane, très différente de celles qui sont observées dans le cas des autres éléments de décor. Lieu insigne de la rencontre de deux techniques céramiques issues d'univers culturels différents, l'oratoire ducal de la chartreuse de Champmol préfigure avec plus de deux siècles d'avance la victoire de la faïence, céramique de l'époque moderne, sur la terre glaçurée, céramique du Moyen Age. Reste à savoir si, en Bourgogne, l'usage de cette nouveauté a été restreint à ce seul témoignage. (Notice de Jean Rosen extraite de "L'Art à la cour de Bourgogne : Le mécénat de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur (1364-1419)", Dijon : musée des beaux-arts, 28 mai - 15 setembre 2004, Cleveland : The Cleveland Museum of Art, 24 octobre 2004 - 9 janvier 2005) ; voir aussi : Soleil (4161-5-1) Même catégorie de carreau, Entrelacs dans un cercle (4161-6-1) Même catégorie de carreau, Rosace dans un cercle (4161-7-1) Même catégorie de carreau, Marguerite (4161-10-1) , Rose stylisée (4161-8-2) Même motif, Fleurs de lys dans un réseau de losanges (4161-9-1) , Genêt (4161-11-1)

Découverte/collecte/récolte

France ; Côte-d'Or ; Dijon (Chartreuse de Champmol, lieu de découverte) ; fouilles ; (1952, date de découverte) ; (Quarré Pierre, découvreur)

Matériaux/techniques

terre cuite, engobe, glaçure, impression simple (céramique)

Description

Terre cuite, engobe blanc appliqué après estampage, glaçure plombifère

Dimensions

Dimensions Hauteur : 13 cm ; Largeur : 13 cm ; Epaisseur : 2 cm

Sujet représenté

ornementation (rose orn)

Etat de conservation

Bon état ; Complet

Lieu de conservation

Dijon ; musée des beaux-arts

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; don fouilles ; Dijon ; musée des beaux-arts

Date acquisition

1954

Anciennes appartenances

Chartreuse de Champmol, Dijon

Numéro d'inventaire

4161-8-1

Exposition

La Chartreuse de Champmol, foyer d'art au temps des ducs Valois, Dijon : Musée des Beaux-Arts, 1960 (n° 50)
Images du pouvoir, pavements de faïence en France du XIIIe au XVIIe siècle, Bourg-en-Bresse : Musée de Brou, 24 juin - 24 septembre 2000 (fig. 2 p. 67)
L'Art à la cour de Bourgogne : Le mécénat de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur (1364-1419), Dijon : Musée des Beaux-Arts, (28 mai - 15 septembre 2004), Cleveland : The Cleveland Museum of Art, (24 octobre 2004 - 9 janvier 2005) (n° 64, reprod. p. 188)

Bibliographie

Quarré (Pierre), "Les carreaux de pavement de l'oratoire ducal à la Chartreuse de Champmol (communication du 17 décembre 1952)", Mémoires de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, t.23, 1955 (pp. 234-237, 238)
Quarré (Pierre), "Les fouilles de la Chartreuse de Champmol", Bulletin de la société des amis du musée de Dijon, 1952-54, publié en 1955 (p. 27)
Norton (Christopher), "Les carreaux de pavage de la Bourgogne médiévale", Archéologia, n° 165, avril 1982
Norton (Christopher), "Medieval Tin-Glazed Painted Tiles in North-West Europe", Mdedieval Archaeology, vol. 28, 1984, The Society for Medieval Archaeology, Londres, 1984
Norton (Christopher), "Le mécénat du duc Philippe le Hardi et de ses frères dans le domaine des carrelages", Actes des journées internationales Claus Sluter, Dijon, 1990 (p. 218, fig.6.)
Bon (Philippe), Les premiers "bleus" de France. Les carreaux de faïence au décor peint fabriqués pour le duc de Berry, 1384, Mehung-sur-Yèvre, 1992
Lindquist (Sherry), Agency, Visuality and Society at the Chartreuse de Champmol, MPG Books LTD, 2008 (p. 36, fig. 2.8)

Rédacteur

Jugie Sophie ; Bardin Dominique

Copyright notice

© Dijon, musée des beaux-arts, © Service des musées de France, 2017

Crédits photographiques

© François Jay, musée des beaux-arts de Dijon

 

Renseignements sur le musée

 

01370010144

Notices :  

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Requête :   ((4e quart 14e siècle) :PERI )
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